Le Pont de la Folie -suite-

Publié le 10 Octobre 2007

Pour atteindre le Château-Rose il faut passer sur des ponceaux de deux affluents de la Marne, mi-ruiseaux, mi-égouts, qui^portent les jolis noms de rivière des dames et de rivière des Hommes. (...) Sitôt la rivière des Hommes franchie, vague grenouillère où rouillent des grillent désaffectées, des objets ménagers hors d'usage et des boîtes de conserve, le sol se relève en une montée abrupte que couronne entre les peupliers, la silhouette gracieuse du Château-Rose. (...)

Le bal musette-tabac de la Rouquine occupait l'aile gauche du Château-Rose. Cet établissement était fréquenté par une clientèle variée dont les représentants les plus ordinaires étaient les mécanos qui filaient depuis le matin par le premier train vers Billancourt, les plâtriers des environs, pierrots pâles même bien lavés par le rinçage à grande eau du samedi, les sidis danseurs à la démarche feutrée, employés sur la voie ferrée, et toutes les petites bonnes, petites mains, dactylos et coiffeuses, filles légères du Pont de la Folie. (...)

L'orchestre se composait de l'indispensable accordéon, d'une caisse sur laquelle un artiste local avait peint une tête de nègre Banania qui rigolait, d'un piano et d'un saxo qui tirait des sons étranglés de son instrument merveilleusement luisant... C'était le vrai musette, canaille et doux, qui faisait voguer les garçons et muler les filles vers un bonheur de carte postale.

La salle était ornée d'affiches de vedettes inconnues et de photographies signées de boxeurs, qui se détachaient sur le plâtre écaillé.

La Rouquine n'aimait pas les incidents. Elle menait son affaire avec autorité.

Armand Lanoux

Le Pont de la Folie
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