Les belles Lettres - 5 -

Publié le 5 Octobre 2007

Le Pont de la Folie, agréable en été avec ses jardinets fleuris, ses maisons jouets et sa verdure, redevient à l'automne une campagne sans confort, guettée par les inondations, la boue des rues, le retard des trains, le mauvais éclairage  et les menus ennuis qui font de la banlieue en hiver une sorte de faubourg détaché, une zone où la nature prend  sa revanche sur el citadin assoiffé d'air qu'elle avait  si gentiment  conquis au printemps .

Octobre amena les pluies . Abandonnées  des promeneurs , les berges de la Marne se guérissaient  des outrages citadins. Le Pont de la Folie  perdait ses feuilles . Les fûts noirs  des peupliers  et les troncs  baroques  des saules pointaient vers le ciel,  les villas de plaisance étaient  closes. Pour sept mois, le Pont de la Folie s'endormait (...) La fête avait démonté ses mâts, plié ses accessoires clinquants et ses bâches bariolées, et les forains hivernaient disséminés. Le Pont de la Folie se reserrait doucement sur lui-même, comme ces étoffes de basse qualité qui rétrécissent au lavage.

Le café de la Rouquine était perché sur une hauteur qui dominait le Pont de la Folie. Il faisait partie d'un groupe de maisons neuves construites en brique et en parpaing, dans le parc désaffecté d'une vieille propriété seigneurale, le Château-Rose.
(à suivre)

Armand Lanoux
Le Pont de la Folie
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