Le dernier vacher

Publié le 22 Mai 2007

Gaston V. est resté dix-sept ans comme vacher à Lugny :

"J'étais arrivé en 1954, l'année où il a gelé si fort.

Le patron me logeait dans Moissy. Il faut un logement indépendant pour le vacher pour ne réveiller personne quand on part le matin. Hiver comme été, je partais à quatre heures et demie pour aller traire les vaches. Il y en avait quarante à quarante-cinq et on les trayait à la main. Il fallait être prêt pour sept heures et demie, quand le laitier passait. Il venait de melun.

Juste avant, j'avais été aide-vacher à la ferme de Malassise à Mormant. avant, j'étais charretier à Onguevilliers, à côté de Rebais.

J'ai commencé à trvailler le jour de mes treize ans dans une petite ferme qui appartenait à une institutrice, à Pavant, dans l'aisne. son mari était vigneron. Ma mère s'était rmariée à un Vosgien, une espèce de brute. quand j'ai commencé à travailler, il fallait que je fasse sept à huit kilomètres à pied pour aller voir ma mère.

A Lugny, les vaches étaient hollandaises ou normandes. L'hiver, on leur donnait de la pulpe de betterave qui venait de la sucrerie de Lieusaint. L'été, on les mettait dans les prés. On les rentrait vers trois heures et demie, quatre heures. Les charretiers apportaient un grand tas d'herbe, de luzerne, pour rmplir les râteliers. Chaque vacher n'avait le droit que de s'occuper de vingt vaches, c'est pour cette raison que les charretiers devaient apporter la luzerne pour les vingt autres. L'hiver, il fallait nettoyer les vaches, les gratter pour qu'elles soient propres.

 

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Pour moi, j'étais heureux. quand les vaches vêlaient, c'était le plus souvent la nuit. je disais à ma femme de me faire à dîner et j'y retournais. Un bon vacher doit savoir quand une de ses vaches va vêler. Il faut être prêt à y passer la nuit.

Le patron n'avait pas d'enfant. Peu à peu, il nous a licenciés. Il a commencé par le porcher, puis le berger, le charretier, le garçon de cour et moi, en dernier le chef de culture, Monsieur Dupré. La ferme est allée aux hértiers de sa femme à Villaroche. Ils ont vendu à Citroên.

Moi je suis allé travailler à Villaroche. au début, j'ai eu du mal à m'habituer : j'étais toute la journée à la lumière artificielle. Maintenant, je découpe de la tôle. Ca va mieux, et, le soir, je m'occupe d'un jardin, rue Maulois. J'aime ça. 

extrait du livre : A travers le siècles- Moissy Cramayel - Un village de Brie par Marie Elisabeth Rouvières - 23  septembre 1981 

Rédigé par Marie de Mazan

Publié dans #Moissy Cramayel de siècle en siècle

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ervalena 23/05/2007 10:30

C'est touchant de lire comment on vivait de l'élevage, où le rythme n'avait rien à voir avec les 35 heures d'aujourd'hui... Faut-il être nostalgique? Faut-il le regretter? Car les conditions de travail étaient quand même rudes!
Je me souviens quand j'avais uen quinzaine d'années en Normandie pendant les vacances de la Toussaint, pour voir comment on trayait les vaches, je m'étais levée avec une copine venue en vacances avec moi à 5h du matin. Nous aviosn attendu la 2CV de la fermière en haut de la côte . Elle nous a emmenés dans un herbage à 3km  de chez nous (sur nos terres) pour traire ses vaches 4 ou 5 dans le pré même. Il faisait tout noir, et froid de surcroît!
Nous avons essayé de traire: pas facile du tout! Ca devait être en 1969... Peu de temps après un autre fermier chez qui j'allais chercher le lait chaque soir, a installé des trayeuses électriques, et le camion de "Président" (à Laval dans la Myenne) passait vider les bidons laissés au bord du chemin qui n'était pas encore goudronné... Il y avait encore les cantonniers!
Ca se passait en Normandie, dans le Pays d'Auge tout près de Camembert lieu homonyme du plus célèbre des fromages et près de la maison de Charlotte Corday née par là...
Maintenant le paysage est toujours le même, mais les méthodes ont changé. Parfois des champs de maïs , ô sacrilège! ont poussé sous les pommiers... Il n'ya plus que 3 fermiers alors qu'avant il y ena avait 70...

Marie de Mazan 10/06/2007 22:27

quand on lit la vie de ces gens, on a peine à imaginer qu'il y a si peu de temps encore...