Moulins du Petit et Grand Morin

Publié le 21 Novembre 2006

Ces deux cours d'eaux qui empruntent  chacun de vallées d'un caractère sentimental  et reposant par sûrcroit  sont à l'origine de cette très grande activité des moulins  à eau  qui, depuis des siècles, enjambent  les rivières  pour utiliser les biefs, les écluses , les bajoyers qui protègent les berges,les abées qui font un bruit de fontaine. Tous ces villages de la vallée du petit Morin gardent en bon état un moulin qui moud le blé et dont la grande salle, pleine de sacs odorants, demeure le domaine des chats, demeure le domaine des chats gris silencieux : des chats de meunier qui écoutent en clignant les paupières le bruit des eaux dans la bouldure. Les meuniers sont toujours habillés de gris clair, comme leurs chats de garde ; j'habite tout à côté du moulin d'Archet, qui ne moud plus. Mais on moud encore au moulin de Condez, au moulin de saint-ouen, qui se situent à portée de ma vue...

Le lieux-dit où s'élevaient les bâtiments des moulins à papier de la Banque de France s'appelait et s'appelle toujours le Gouffre.

Ces moulins à eau garantissent pendant de nombreuses années l'agréable romantisme des keepsakes tendrement  enluminés et, par la suite, de la plus modeste carte postale en couleurs.

Le Grand Morin est une rivière  plus distinguée, plus mondaine que le Petit. Entre Esbly et Coulommiers , il s'étire discrètement mais gracieusement , dans les beaux détails naturels d'une campagne de luxe, un luxe de classe simplement aisée. De Coulommiers à la Ferté-Gaucher son cours est ombragé et désirable pour la fraîcheur de sa verdure, l'heureuse composition des horizons que l'on découvre à chaque méandre de ce petit fleuve d'agrément.

Si la plus ancienne industrie de la vallée du Petit Morin est représenté par les vanniers, la vallée du Grand Morin, elle, demeure le fief des papetiers, une corporation d'élite, comme celle des souffleurs de verrre.

Maintenant que le   moulin de la Banque de France a émigré en Auvergne, le Grand Morin détient seul le pouvoir de tisser des filigranes précieux dans un papier d'une distinction parfaite. Ces papiers du Marais, qui donnent de l'attrait à ma correspondance et m'invitent à écrire pour le plaisir de tracer des signes noirs sur des feuilles blanches sont pétris en cuves comme le raisin, non loin de chez moi.

Tout ce paysage dépend de l'aristocratique hôtel de la rue du Pont- de Lodi, dont le vestibule  est une biblithèque consacrée aux témoignages de la belle édition, celle qui élève le livre français au rang d'une spécialité nationale. Daragnès, le grand graveur, qui aimait les beaux papiers, était un familier de la maison.

(...) Le papier occupe dans la demeure autant de place que les pommiers dans mon enclos, dont je prends un semblant de nourriture. Le papier me nourrit plus sûrement que les pommes. Tout  au moins pour le présent. je préfère rester dans l'incertitude afin de conjurer le mauvais sort.

Pierre Mac Orlan

de l'académie Goncourt

Chroniques de la plaine et de la lisière des bois.

 

 

Rédigé par Marie de Mazan

Publié dans #Villiers sur Morin entre littérature et peinture

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