Entretien avec Maud

Publié le 14 Octobre 2006

La Voix du Nord - 12/10/2006
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VOILE
Le rêve à contre-courant de Maud Fontenoy
 

 Maud Fontenoy – ici devant le Piton de la Fournaise– s’élancera samedi de La Réunion sur son voilier de 26mètres.PHOTO AFP Après avoir traversé l’Atlantique (2003) et le Pacifique (2005) à la rame, Maud Fontenoy, 29 ans, se lance un nouveau défi : réaliser un tour du monde en solitaire d’est en ouest, sans escale, contre les vents dominants. Départ samedi de La Réunion.



– Comment vous est venue cette idée de tour du monde ?
« Ma première passion, c’est la voile, avant la rame. Mes parents m’ont embarquée, alors que je n’avais que sept jours, sur la goélette familiale.
Nous avons navigué avec mes frères pendant quinze ans dans les mers des Antilles. Je n’ai découvert l’école qu’en terminale ! Mes parents m’ont transmis un grand amour de la mer. Et le tour du monde, c’est le rêve de tout marin... »


– Pourquoi ne pas le faire au cours d’une grande compétition ?
« J’admire ceux qui se lancent là-dedans, mais ce n’est pas tout à fait adapté à mes envies. Moi, je voulais connaître le plaisir de faire ce tour du monde sur un voilier, en solitaire. Je ne veux pas battre un record, juste réaliser un rêve sans arriver le premier. »


– Pourquoi s’élancer à contre-courant ?
« Pour ne pas faire comme tout le monde ! Je n’essaie pas de me distinguer des autres, mais juste d’écouter ce que j’ai au fond de moi. J’ai préparé mon voyage avec de nombreuses écoles, en métropole et à La Réunion. Je veux montrer aux enfants qu’on peut avoir des rêves différents. Je les encourage à en avoir eux aussi. Mon tour du monde, c’est une façon de leur montrer que le bonheur n’est pas toujours confortable, qu’il faut se battre pour y arriver. »


– Comment avez-vous préparé votre bateau ?
« J’ai récupéré un voilier de 26 mètres qui avait été construit pour un tour du monde à contre courant il y a quelques années. Il est plus solide que les autres, avec de grosses cloisons et un profil très fin pour mieux rentrer dans les vagues, notamment en cas de tempête. Il a été baptisé le coffre-fort ! Le seul problème, c’est qu’il est très puissant, donc un peu difficile à manoeuvrer... »


– Comment allez-vous gérer la solitude ?
« Elle sera double : face à moi et face aux éléments. Je le sais, ce sera parfois très pesant. Personne ne pourra me donner de coup de main en cas de problème, mais quelque part, c’est aussi très jouissif. Je serai en harmonie totale avec la nature. On ressent une pureté et une grande paix intérieure quand on est seule au milieu d’un océan gigantesque. Et puis j’aurai quand même de quoi me remonter le moral : les enfants m’ont tapissé la cabine de dessins et j’emmène des cadeaux à ouvrir à Noël, que je passerai pour la première fois toute seule. »


– Sentez-vous de l’appréhension à quelques jours du départ ?
« Oui, j’ai peur, bien sûr. Je ne suis pas un super héros ! Ça ne doit pas me paralyser. Je sais que ce sera difficile, mais je veux passer par là. Et quand je rentrerai dans quelques mois, je réaliserai un autre rêve : avoir des enfants et leur faire découvrir la navigation. Je leur dirai ce que j’ai répété aux petits écoliers : assumez ce que vous êtes, quel que soit le projet au fond de vous ! »

PROPOS RECUEILLIS PAR CARINE BAUSIÈRE


Rédigé par Marie de Mazan

Publié dans #Maud Fontenoy- Navigatrice à Contre courant

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