Geneviève Laporte et Pablo Picasso à Fontainebleau

Publié le 14 Août 2006

En 1944, lors d'une exposition des toiles de Picasso au Salon d'Automne, un incident  sera relaté dans les journaux locaux  : en effet une bande de "facistes" faisant  irruption à grand fracas jette plusieurs tableaux par la fenêtre de l'artiste.

Geneviève Laporte prépare Normale Supérieure. Elle vient d'intégrer Le Front National Etudiant..  Elle est fraîchement  élue présidente déléguée et participe à la création d'un journal, portée par l'idéologie de la résistance "La Voix de Fénelon"

 En entendant par diverses sources la mésaventure de Pablo Picasso, alors qu'elle ne le connait pas, Geneviève , scandalisée par cet acte ignoble propose d'obtenir un rendez-vous avec le peintre. Après tirage au sort, le journal décide d'envoyer la jeune lycéenne alors âgée de dix-sept ans pour réaliser l'entretien sur les Jeunes et l'Art.

Le  premier rendez-vous se fait dans l'atelier de Picasso , rue des Grands Augustins à Paris  et sera suivi tout au long de l'hiver 1944-45. ponctuellement de  visites à la fois chaleureuses et respectueuses.

Picasso était amusé mais touché par la sincérité de cette lycéenne qui lui rappelait étrangement un modèle peint quelques quarante années  plus tôt.

Bien que la différence d'âge était de quarante-six ans, une amitié  empreinte d'affection  mais aussi de grande admiration réciproque  commençait à se nouer alors qu'il démarrait une relation avec Françoise Gilot.

La perte de son frère en 1945, engagé dans la résistance  plonge la jeune lycéenne dans une désarroi extrême et personne n'arrive à soigner  cette souffrance. Geneviève Laporte décide d'arrêter ses études et part en Haute-savoie inaugurer un châlet destiné aux étudiant victimes de la résistance.

Enfin  la Paix est signée.

Geneviève puise en elle la force de vivre et se forge  une  "armure aux couleurs du soleil »

Un poète est né, salué par Eluard, Cocteau, Audiberti mais aussi Bachelard  qui lui dispensa son enseignement à la Sorbonne  et qui l' influencera profondément

« Le soleil ébloui »

« Lorsque le ciel et l'arbre perdent toute couleur,
que le jour se blottit dans les mains de la nuit,
qu'aux trompes du désert, s'éloigne le jeûne,
le soleil ébloui galope à l'horizon
devant la lune, louve aux crocs de silence. »
Geneviève Laporte

« Si tard le soir le soleil brille »
Picasso, dédicace à Geneviève Laporte

« Picasso est à lui seul un soleil », écrit Geneviève : « Il éclaire, brûle, consume et réduit en cendres tout ce qui l'approche, sans s'épargner lui-même » Elle poursuit : « Le soleil sera présent entre nous depuis le premier jour ou presque. Lorsque je l'ai rencontré, il avait cette magnifique mèche blanche qui lui barrait le front. Du temps de la mèche, il me donna une petite photo avec la dédicace suivante : « Soleil caché au creux de la main » .

En rentrant de l'étranger, elle obtient un poste chez Gaumont à Paris comme chef de publicité. Elle visionne tous les films produits par la société. Elle rencontre, Becker, Bresson, Carné et ... Picasso à nouveau.

Nous sommes en 1951.

Par un après-midi d'orage, ils deviennent amants.

Picasso lui « apprend tout », lui « donne tout », « jusqu'à ses ailes de feu pour encercler la terre » .

L'amour est silencieux. Hors norme, hors du temps.

Picasso est complétement ébloui par la pureté de cette jeune femme.  Il a toujours peur qu'elle ne revienne pas...

Geneviève revient quotidiennement dans l'atelier de l'artiste...

Elle déjeune avec Pablo qui lui présente Aragon, Miro, Tzara, Masson, Geneviève écrit. N'arrête pas d'écrire des poèmes. Picaso soumet à Eluard les oeuvres de Geneviève qui reconnait en elle "un vrai poète".

Picasso illustre ses poèmes. Le recueil "Les Cavaliers d'Ombre" paraît en 1954, accompagné de sept eaux fortes de Pablo avec une préface d'Audiberti.

Puis c'est Jean Cocteau qui illuste le deuxième livre de Geneviève "Sous le manteau de feu".

Arrive "le bel été de Pablo" à Saint Tropez avec Geneviève, Paul Eluard et Dominique.

"Un homme a toujours l'âge de la femme qu'il aime »,se plaisait-il à répéter.

Le portrait du 30 août raconte la tendresse d'un après-midi amoureux :  "Picasso souhaita faire un dessin alors que j'étais allongée sur le lit, dévêtue », raconte Geneviève ; « le sommeil me gagna. Par un réflexe machinal, je tirais draps et couvertures et je disparus. Le pauvre Picasso, ainsi privé de son modèle, n'osa pas me réveiller. Il attendit patiemment que j'ouvre les yeux pour poursuivre son croquis ! »

Pablo est amoureux et dessine sans relâche  et dédicace "Pour Geneviève".

En 1953, c'est la rupture avec Françoise Gilot.

De retour à Fontainebleau, Picasso propose à Geneviève de venir s'installer avec lui à Vallauris. mais Geneviève refuse. Elle est dans l'impossibilité de l'acceptation. C'est la séparation

« Comment atteindre, en effet, ce domaine si secret qui s'appelle l'amour de Picasso et comment en parler sans se livrer... Je cherche le passage et ce n'est pas ma mémoire qui s'y refuse...Comment oser écrire, en effet : " Je crois avoir été le seul amour profond et vraisemblablement le dernier amour de Picasso ?"» 

Après cette séparation, Geneviève enchaîna une multitude de projets. Publication de "Mon cheval est un empire" illustré par Yves Brayer. Geneviève se marie et à un enfant.

"La sublime porte des Songes" avec des illustrations de Brayer, Cocteau et Picasso recevra le prix de poésie de l'Académie Française.

Geneviève créa une entreprise  de relations publiques, puis  se lança dans le journalisme et réalisa une vingtaine de films documentaires.

Mais pendant les vingt ans qui suivirent leur séparation à Fontainebleau, jamais Genneviève n'évoquera d'une façon ou d'une autre sa relation avec le peintre.  

Dernière compagne de Picasso, Geneviève habite toujours à Fontainebleau  et partage son temps avec  son Auvergne natale continuant à écrire et à faire des conférences, s'adressant aux plus jeunes pour faire connaître l'homme et non le peintre  qui  lui a offert un jour le soleil si tard le soir...

Elle a toujours cette flamme dans les yeux qui évoque cet amour radieux,ce soleil qu'elle porte au fond du coeur en pensant à cet homme qu'elle a aimé, ce drôle de "vieillard" nommé Picasso. avec qui elle a partagé dans l'ombre, ce bonheur  secret fait de joies, de doutes mais  d'exceptionnels moments de communion.

 Marie de Mazan

 

  

       

Rédigé par Marie de Mazan

Publié dans #Fontainebleau - inspiratrice du rêve

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eric 18/08/2006 19:20

Oui j ai passé un trés bon momant a lire cette belle histoire d amour
la pureté de genevieve et le soleil de picasso
 bisous Marie 
 

colette 16/08/2006 16:16

Bonjour Marie C'est vraiment intéressant cet épisode de la vie de Picasso et de Geneviève Laporte. Merci Marie pour cette merveilleuse histoire. Très amicalement Colette

Joel 15/08/2006 08:22

Bravo Marie, cette belle histoire est inconnu de nos contemporains mais O combien magnifique et émouvante merci Marie

Marie de Mazan 15/08/2006 12:48

Bonjour Joel,
Je te remercie pour ton message.  C'est vrai qu j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire cette histoire car cela correspond tu sais à l'énorme travail que je fais sur le groupe de Puteaux . C'est une période bouillonnante pour l'art, l'écriture et toute forme d'expression ainsi que pour l'essor industriel. Il y a un souffle nouveau, un idéal de pensée. On se veut libertaire. Geneviève Laporte  est encore vivante et se veut la mémoire de cette époque. J'ai bon espoir de la rencontrer. Je savais que le groupe de Puteaux avait des ramifications sur la Seine et Marne mais je ne pensais  pas à Fontainebleau, je pensais plus du côté de Voulangis. En attendant, mon groupe me fait me balader en Normandie et dans l'Oise et je passe depuis le mois de juillet des instants délicieux  car je fais des rencontres complétement inattendues... avec des maires de village qui ignorent complétement qu'ils abritent dans leur cimetière des personnalités et je fais généreusement  l'historique  et je me retrouve avec le curé, le boucher, le boulanger, des maisons de retraites.  Et tout le monde de me raconter une  histoire de me donner des photos....
Toi-même tu en sais quelque chose n'est-ce pas, puisque le grand homme qui m'intéresse se trouve enterré à côté d'un membre de ta famille. Hasard... ?  amitiés- Marie