Muse Dalbray, une grande dame de la Brie

Publié le 22 Juin 2006

Un jour en regardant une émission tout à fait par hasard, je vois et je reconnais la Sainte Vierge à Presles en Brie, route que l'on emprunte pour aller à Liverdy en passant par la Brosse et le Monceaux.

Intriguée, ravie, j'écoute : c'était Muse Dalbray dans l'emission  "les conteurs".

Le lendemain, j'appelle Michel Vincent, lui demandant les coordonnées car j'avais l'espoir de faire "un papier" sur cette dame.

J'ai pu effectivement avoir rapidement un contact dans la journée même avec Muse Dalbray. J'étais invitée à lui rendre visite dans l'après-midi et me conseille de ne pas oublier mon magnetophone.

A l'heure précise, j'étais devant son petit pavillon. Nous nous  sommes regardées longuement et elle me décrocha son beau sourire enjoleur en me disant : "entrez, installez-vous".

Je n'étais pas intimidée, car Muse a fait partie de mon éducation . Ma mère y tenait. Pour m'éduquer sainement , elle m'emmenait au thêatre très souvent, époque bénie où Muse se produisait beaucoup.

J'étais installée sur un  canapé, un calepin, et mon magneto à côté de moi, Muse en face de moi. D'une belle diction, elle me dit : "que voulez-vous savoir" ?

- en regardant l'émission des conteurs, pourquoi avoir avoir fait croire que vous habitiez dans les environs de Presles en Brie ?

- parce que je veux bien donner de ma personne au théâtre, au cinéma, à la télévision , mais là, c'est chez moi, il y a mes souvenirs et je ne veux pas être importunée par les journalistes.

- Pourtant, je suis là...dis-je

- Vous ce n''est pas la même chose. Je vais vous faire un cadeau.  Je vais vous raconter de belles choses, mais elles ne seront que pour vous. Je vous demande simplement de ne jamais divulguer ces cassettes, et pas de photo de moi, si vous faites un article pour "Le Pays Briard". Je vais vous donner de la doc  pour votre boulot, vous inquiétez pas. Mais ce que je vais vous raconter, ce n'est que pour vous.

Je suis retournée souvent l'après- midi chez Muse, avec mon magnétophone. D'ailleurs c'était la première chose qu'elle me demandait quand j'arrivais chez elle et ensuite une fois installée sur le canapé, elle me regardait, en silence. et puis d'un coup,  sa voix emplissait toute la maison...

J'ai gardé un souvenir radieux de nos causeries.

J'ai respecté son voeux au sujet des cassettes, et je n'ai pas fait d'article sur elle, ce qui m' valu  de sa part un énorme éclat de rire joyeux, une fois informée. 

Muse nous a quitté en janvier 1998 à l'âge de 95 ans.

Dernièrement, en triant mes papiers, j'ai retrouvé dans une enveloppe   pour cet hypothétique article, un"manifeste" d'écologie mentale pour un retour à la suprématie de l'esprit, association crée par Denis Trinez,  Commandeur des Arts et des Lettres - avec l'accord de Muse Dalbray.

 

MANIFESTE 

DENUTRITION SPIRITUELLE

Nos enfants apprenaient, naguère, la Vertue, en fréquantant les classiques, alors que l'horloge familiale rythmait les alexandrins.

Aujourd'hu, bon nombre d'entre eux ignorent la vie intérieure. Gavés d'images et de bruits, sans racines et sans idéal, ils se réfugient dans les fleaux que nous savons. Nous voudrions, par le biais de l'Art Dramatique, leur  apporter un aliment spirituel.

Quant aux adults, beaucoup ne sont pas servis selon leur faim. Ils demandent la Joie, on leur impose le Plaisir. Nous sommes réalistes. Nous savons qu'au début de notre combat, en présentant des oeuvres qui donnent à penser sans être ennuyeyses, nous toucherons surtout des spectateurs déjà motivés. Ensuite ? devenant à la mode, nous verrons venir à nous le grans public auquel nous aurons demandés un effort au lieu de la flatter.

L'AVORTEMENT DU PATRIMOINE FUTUR

Il va falloir nous battre. On a souvent l'impression que ceux-là qui tiennent en mains les destinées de notre Théâtre pratiquent l'avortement du Patrimoine Futur. L'auteur - cette matière première sans laquelle tout le spectacle serait au chômage - ne peut se faire entendre s'il écrit quelque peu au- dessus de la ligne d'horizon. On en reste aux valeurs sûres.. On joue la signature et non pas l'oeuvre. On exhume la pièce inconnue- et qui auraitdû le rester- d'un auteur célèbre au lieu de se tourner vers la découverte. Si on le fait, on étouffe frequemment l'Esprit sous de coûteuse et facheuses mises en scènes. Nous aimerions revenir à plus de rigeur et de sobriété, avec des metteurs en scène servant l'oeuvre au lieu de s'en servir.

RETOUR AUX VRAIES RICHESSES

Notre campagne pour un retour aux vraies richesses passe par le dépassement de soi, les pacifiques batailles d'idées, le vent des sommets qui désouille si bien les âmes..

Pour ce faire, nous avons choisi FRA SYLVERE, pièce mystique de Muse Dalbray, saluée par la presse comme un chef-d'oeuvre lors d'un unique festival (Cloître de saint-Maximin-retransmission par FR3 en 1976). Nul ne sait soucié , depuis, de la créer à Paris. il va de soi que nous ne pourrons le faire que si nous sommes aidés. Ensuite, nous continuerons notre chasse aux oeuvres hautes, ce qui ne veut pas dire hermétiques.

Voulez-vous nous épauler en cette entreprise d'Ecologie Mentale ?

D. T.

 

vendredi 23 juin 2006 : je souhaitais un témoignage de Mr Jean-Jack Lamouille pour   son histoire d'amitié avec Muse Dalbray

voici le mail reçu :

 je vous adresse mon texte dans le corps de ce
mail et vous autorise à le publier à la suite de votre article, si vous le
souhaitez. Bravo pour votre article ! Quelle joie j'ai eue à revisiter mon
histoire d'amitié avec Muse !
Cdt
Jean-Jack Lamouille

J'ai fréquenté Muse bien après l'émission de Voisin, "les conteurs", qui doit
dater de 1964 ou 65. J'étais alors bien trop petit pour les émissions de fin de
soirée. Provincial, je n'avais pas eu l'occasion de la voir sur scène. Non, moi,
c'est plus tard que je l'ai découverte. Le déclic m'est venu un soir en voyant
une rediffusion TV où elle se racontait  : "60 minutes pour une vie". Une vie
passionnante, une verve et un dynamisme incroyables, un étonnant mélange de
gouaille et de distinction, une coiffure délicieusement anachronique, la "bonne
femme" m'avait séduit ! Je lui ai écrit mon enthousiasme. La timidité vous donne
parfois des audaces... payantes. La dame m'a répondu avec une certaine retenue
où filtrait beaucoup de curiosité... Elle me recevait quelques jours plus tard
pour, entre autre, élucider une énigme : "Monsieur, votre nom bizarre et cette
rue "unijambiste" qui ne figure pas dans mon plan de Paris, vous avouerez qu'il
y a de quoi s'étonner... Enfin, asseyez-vous dans ce fauteuil, c'est le fauteuil
de mes invités", furent ses mots d'accueil. Nous ne devions plus nous quitter
jusqu'à sa mort, dans cette chambre de la Pitié-Salpêtrière, il y a plus de 8
ans ! Sa venue dans ma vie arrivait à un moment opportun ; je venais de perdre
ma grand-mère et me sentais orphelin, très en manque de cette relation complice
"grand-mère-petit-fils". Muse m'a très vite élu "son petit-fils adoptif".
Pendant des années, je l'ai vue une ou 2 fois par semaine dans son
appartement-atelier du 13ème arrondissement.  Je l'ai conduite à des castings,
dans les grands magasins, à des soirées. J'ai passé aussi de nombreux séjours
dans sa maison de campagne de la Brie, celle qu'évoque Marie de Mazan. Avec sa
nounou et ses amis du cru, nous avons passé des moments délicieux, suspendus à
ses paroles. Je me rappelle de douces soirées d'été passées sur la terrasse de
sa maison...à rigoler et à savourer les mets préparés par Maria. L'attrait de
Muse et de nos rires étaient tels que nous avions, au cours d'un été, la visite
fréquente d'Emma, la chienne boxer des voisins qui, après avoir creusé un trou
sous le grillage, nous rejoignait sur la terrasse. Après quelques caresses, elle
s'endormait à nos pieds. Le jour, elle nous suivait dans nos promenades le long
de la rivière qui longeait la maison. Je me rappelle aussi une énorme partie de
rigolade quand j'ai appris à Muse le maniement du téléphone sans fil. Muse comme
toutes les artistes avait un gros ego mais avec "ses copains", elle le mettait
volontiers en sourdine. Elle m'a ainsi envoyé des lettres fort réconfortantes.
Je l'ai aussi très souvent filmée avec mon caméscope, ce qu'elle appréciait
quand l'exercice était prémédité mais la faisait râler lorsque j'oubliais de
dire "moteur". Ce qui nous avait aussi rapproché c'est qu'au début des années
20, la comédienne Jeanne Delvert, qu'elle vénérait, avait accepté de lui donner
des cours particuliers et gratuits de comédie dans sa maison de Marly-le-Roi. Or
Jeanne Delvert n'était autre que la cousine de mon grand-père maternel. Etonnant
non ? Une autre surprise devait m'attendre après sa mort. Au cimetière du
Père-Lachaise, j'ai fait la connaissance de sa belle-fille. Je connaissais déjà
son fils, Tristan. Quelques jours après l'incinération de Muse, ils m'invitaient
à déjeuner chez eux et dans la conversation j'appris qu'Evelyne, la belle-fille
avait été professeur d'Education Physique dans un lycée du 78, celui-là même où
mon oncle et ma tante enseignaient cette discipline. Evelyne et ma tante Colette
étaient d'ailleurs de bonnes copines ! Tout se passe comme si ma rencontre avec
Muse avait été "préméditée", planifiée !  Je remercie Marie de Mazan de m'avoir
contacté et invité à compléter son article. Surprise agréable ! Car c'est avec
un immense plaisir et beaucoup d'émotion que j'ai revisité mon histoire d'amitié
avec Muse. Jean-Jack Lamouille - Paris le 23 juin 2006.


Rédigé par Marie de Mazan

Publié dans #mes rencontres

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Fr@n6 le briard papoteur 22/06/2006 23:33

la brie ne nous a pas encore délivrée tous ses trésors cachés. C'est merveilleux de lecture, le texte fait resortir toute la douceur de cette rencontre et de ces moments de partages.

Marie de Mazan 23/06/2006 01:18

Muse Dalbray a été  une grande militante pour la Paix dans le monde, a pris des positions très risquées pour lutter contre le  facisme. Et elle s'est beaucoup investie pour l'accès à la culture populaire.  le grand combat de sa vie fut l'injustice sociale. Elle était gaie, pétillante d'humour. Mais tout pouvait s'arrêter net  quand son regard n'était pas satisfait de ce qu'il voyait.